—Des bateaux à vapeur vont deux fois par semaine de Bakou à Enzeli, port de Resht...
Mon cœur commence à s’agiter.
—Et de Resht à Téhéran, continue-t-il, les Russes ont construit une route excellente de trois cent vingt-cinq kilomètres, où les automobiles...
—N’en dites pas davantage. Quand partons-nous?
Il fallut trois mois pour préparer ce départ.
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Entre temps la révolution commençait en Russie. Les journaux étaient pleins des pires nouvelles. Celles qui venaient du sud nous intéressaient particulièrement. On annonçait à Odessa la grève générale; Odessa était une de nos étapes. A Sébastopol, des émeutes éclataient dans les arsenaux; nous devions toucher à Sébastopol. Au Caucase, ce n’étaient que brigandages sur les routes, massacres dans les villes, pillage et assassinat partout, l’état de siège dans chaque gouvernement, l’anarchie régnant à Batoum, et les paysans de Gori révoltés proclamaient la République. Nous ne pouvions éviter de traverser le Caucase pour nous rendre en Perse.
Chaque jour les journaux donnaient deux colonnes de dépêches lugubres sur les choses russes. Il suffisait que nous missions une ville sur notre itinéraire pour qu’il lui arrivât malheur. Ainsi de Yalta. A peine avions-nous décidé de visiter Yalta, qu’elle était pillée...
Aussi les gens sages hochaient la tête, et lorsqu’ils apprenaient que nous emmenions deux jeunes femmes avec nous, ils nous traitaient de fous.
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