Vos expériences antérieures sont sans utilité. A chaque fois vous vous trouvez devant l’inconnu. La science pourra faire mille progrès, elle établira que l’amour est ceci ou cela, qu’il y a au contact de certaines personnes dégagement d’électrons ou d’ions, ou de rayons n ; on mettra en formules algébriques les lois de l’attraction sensuelle…; les savants n’en seront pas plus avancés que les autres, car, sur ce point qui est le tout de l’amour, seule l’épreuve de la chair décide.
C’est pourquoi beaucoup de femmes hésitent. Elles savent que les serments, les promesses d’avant le lit, sont paroles vaines, que rien ne les assure du lendemain, qu’il faut se donner d’abord et, sans être sûres d’être remboursées, payer de leur personne. Le risque est immense.
Heureusement les femmes ont-elles plus de courage que nous.
LA PHYSIQUE DE L’AMOUR
L’amour est un sentiment qui tend impérieusement à se traduire dans un acte. Lorsqu’ils ont réussi à amener la femme qu’ils aiment à l’acte, les naïfs croient que la partie est gagnée. Grave erreur, c’est alors seulement que la véritable bataille se livre, et ce qui précède n’est qu’escarmouche sans conséquence.
Le problème est celui-ci : amener sa maîtresse au bonheur au temps même où vous y atteignez. Cela est d’une grande difficulté, et n’obtient pas l’harmonie synchronique qui veut. Peu d’hommes savent pratiquer cet art difficile. Ceux qui en possèdent les secrets sont aimés des femmes. Les autres, ceux qu’elles méprisent, renvoient ou trompent, sont simplement — il n’y a pas à chercher ici d’explication métaphysique — des hommes maladroits au lit.
L’éducation de l’homme dans la physique de l’amour est mauvaise. Il débute à l’ordinaire par des professionnelles ; leur métier veut qu’elles satisfassent l’homme sans qu’il ait à se préoccuper du plaisir de sa compagne. Elles sont aux yeux de l’homme un instrument dont il tire des jouissances personnelles. L’égoïsme de l’homme est prodigieusement développé par le commerce avec les filles de joie. Voilà de mauvaises habitudes prises.
Il se marie. La situation est changée. Il faut trouver autre chose. Mais quoi ?… Son ignorance est grande. Et puis a-t-il le temps de réfléchir ? Il aime ; il veut sa femme ; il est pressé et rude ; il la prend ! Quelles désillusions pour cette vierge qui attendait qu’on lui ouvrît délicatement la porte du paradis !
L’abord brutal de la vierge par le mari est la raison suffisante du grand nombre de maris non aimés et, par la suite, trompés.
Les débuts du mariage sont, le plus souvent, horribles pour la femme et sans agrément pour l’homme. Les tâtonnements de l’homme, la pudeur blessée de la femme, son inexpérience, sa peur, rendent à ce moment l’amour physique sans charme. Joignez à cela la nouveauté de la situation, la difficile adaptation des caractères, le heurt de deux personnalités si différentes, le manque d’habitudes communes, et l’on comprend que ce qu’on appelle — ironiquement, sans doute, — la lune de miel, soit une des périodes les moins heureuses de la vie.