— Tu sentiras vivement le rythme de l’art, qu’il soit musique ou plastique.

La septième :

— Tu t’habilleras avec un goût hardi et parfait.

La huitième :

— Les hommes les plus célèbres de la ville voudront te connaître et t’entourer.

La neuvième :

— Tu seras aimée à la folie.

Ayant ainsi parlé, les neuf fées s’inclinèrent sur le berceau de cette enfant dont elles voulaient assurer le bonheur et dirent : « Nous n’avons rien oublié, au moins. Il n’est pas de surprise possible. Notre parente pauvre ne pourra pas faire de mal ici. » Ces paroles prononcées, elles s’en furent.

Apparut alors la triste fée des mauvais présents. Elle regarda cette enfant à qui tant de dons et si grands avaient été apportés. Elle secoua la tête lentement et dit :

— Mes sœurs étourdies ont oublié le cadeau le plus précieux, celui sans lequel tous les autres sont vains. Tu seras belle, intelligente, sensible, riche et aimée, comme il t’a été prédit, mais tu ne seras pas heureuse… Tu comprendras tout, mais tu ne t’attacheras à rien ; tu éveilleras les désirs des hommes, en toi aucune flamme ne brûlera ; ils te prendront, tu ne te donneras pas. Il te manque, hélas ! le don suprême, celui de la sensualité que rien ne remplace ; à celle qui ne le possède pas, l’univers reste fermé… La plus simple fille du monde, qui, gardant les troupeaux dans les pâturages, tressaille à voir venir lentement à travers champs le garçon de ferme qu’elle aime, qui s’étend sous lui derrière une haie parce qu’il fait une lourde chaleur en elle et au dehors, connaît un bonheur plus grand que tu ne pourras jamais l’imaginer.