— Quoi, Nicolas, on t’arrête… Je croyais qu’il ne s’agissait que d’une perquisition… Es-tu en danger ? Que va-t-on faire de toi ?

— Il ne s’agit pas de moi, chère petite, fit Savinski. Oui, on va me mener en prison, mais tu sais que cela arrive à beaucoup de braves gens aujourd’hui ; j’y serai deux ou trois jours, puis on me relâchera. Cela est sans intérêt, mais c’est de toi que je me préoccupe. L’ordre est si sottement conçu que toute personne trouvée dans mon appartement doit être arrêtée aussi. Et quand même tu serais libérée presque tout de suite, je voudrais t’éviter cette horrible prison…

Il n’en dit pas davantage, déjà Lydia s’enflammait :

— Puisque tu vas en prison, j’y serai avec toi…

Un débat s’engagea entre eux, Savinski voulant lui persuader qu’elle lui serait mille fois plus utile en restant libre, mais Lydia se butait à l’idée de ne pas le quitter. Pendant leur entretien qui se faisait à voix basse, on entendait des bribes de conversation de Zoubof au téléphone :

— Oui, camarade Ouritski… Je comprends. Dix-huit ans… Ah ! ah !… charmante, oui… C’est pour cela que je me suis permis de vous appeler…

Et soudain, il raccrocha le récepteur, se gratta la tête, et, se tournant vers Savinski :

— Rien à faire, dit-il, il faut aller à la Gorokhovaia, mais pour vous, Lydia Serguêvna, il est probable que vous n’y resterez pas longtemps.

Il fut bien étonné de voir que le visage de la jeune fille montrait la plus grande satisfaction.

Cependant il restait à perquisitionner dans les autres pièces de l’appartement. Les soldats, las d’attendre, avaient gagné la cuisine. La fatigue prenait peu à peu Savinski et Lydia. Ils ne parlaient pas. Savinski était plongé dans de noires réflexions ; pour l’instant, Lydia, plus jeune, ne songeait qu’à lutter contre le sommeil. La vieille Annouchka le vit ; elle eut pitié d’elle et s’approcha de la jeune fille :