Il fallut se quitter. Lydia se jeta au cou de Savinski et, oublieuse des prisonniers qui, tous, la regardaient, l’embrassa passionnément. Elle ne pouvait se détacher de lui. Il semblait que ce fût la dernière minute de sa vie qu’elle passât dans ses bras. L’employé, à la porte, était gagné par la sympathie générale qui allait à la jeune fille. C’était d’une voix molle et presque machinalement qu’il répétait : « Il faut se hâter, il faut se hâter ! »
Soudain, Lydia eut une idée nouvelle.
— Je veux te revoir, dit-elle, même si on me libère.
Elle enleva rapidement sa fourrure qu’elle avait gardée sur elle et la laissa dans les bras de son amant. Et, maintenant, en toilette de bal, décolletée, éclatante de fraîcheur et de beauté, droite et la tête en arrière à sa façon, elle marcha vers la porte qui se referma sur elle, laissant les spectateurs de cette scène éblouis et retenant leur souffle à cette fugitive vision.
Un quart d’heure s’écoula. Savinski était sans pensées. Assis sur un banc, la tête entre ses mains, il restait comme endormi. Il n’avait conscience ni du temps, ni du bruit de la chambrée. Soudain il y eut un brouhaha. Lydia reparaissait. Elle courut à son amant.
— Je suis libre, dit-elle… J’ai eu affaire à un homme très poli. Il s’est excusé fort aimablement de la déplorable erreur par suite de laquelle j’ai été arrêtée… Il va t’interroger tout de suite. Tu vas descendre avec moi. Mais je suis sûre, dit-elle avec frénésie, sûre, tu m’entends, qu’il va te libérer aussi.
La joie rayonnait d’elle, et, comme l’employé appelait : « Nicolas Vladimirovitch Savinski », il suivit la jeune fille qui lui montrait le chemin.
Ils furent introduits à nouveau dans le salon où ils étaient entrés six heures auparavant. Là, Lydia eut une grande déception. Elle n’eut pas la permission d’accompagner Savinski chez le commissaire chargé de l’interrogatoire. Elle devait quitter la prison sur-le-champ. Mais la certitude de le revoir dans peu d’instants l’emplissait encore et elle le laissa sans angoisse.
Quelques secondes plus tard, Savinski était en face du redoutable Ouritski, dont la renommée remplissait déjà la ville. Ouritski, qui était assis devant une grande table sur laquelle il consultait un dossier, se leva à l’entrée de l’inculpé et vint lui serrer la main. C’était un homme de taille moyenne, très maigre, à la figure intelligente, rasé, de mouvements vifs et nerveux, au type sémite assez élégant, mais très accentué. Il avait l’air exténué de fatigue. Il offrit une chaise à Savinski et retourna à son dossier qu’il feuilleta quelques instants. Ces minutes parurent un siècle à Savinski. Il ne pouvait supporter l’anxiété du doute. Qu’avait-on contre lui ? Tout était préférable à l’attente… Et, cependant, il faisait un effort extrême pour garder son sang-froid… Cette lutte contre soi-même était harassante.
Enfin, Ouritski prit une liasse de papiers, leur passa un caoutchouc et les tendit à Savinski.