— Et moi ? dit tout à coup Lydia.
— Vous, Lydia Serguêvna, mais vous viendrez travailler avec nous, cela va sans dire. Un voyage un peu fatigant jusqu’à l’Oural ne vous effraie pas et les troisièmes classes ne seront pas trop dures pour vous, ni peut-être une centaine de verstes en télègue. J’ai déjà un passeport pour Nicolas Vladimirovitch. Il va changer son nom trop connu contre celui plus obscur de Petrof.
— Je serai Mme Petrova, dit Lydia enchantée.
— Nous mettrons donc que le camarade Petrof voyage avec sa femme.
Ils se quittèrent en prenant rendez-vous à une autre adresse pour le surlendemain.
Mais le lendemain, comme Savinski déjeunait seul, un soldat vint le retrouver avec un billet de Spasski, — très laconique : « On sait ici que je suis arrivé. Je ne puis rester et pars tout à l’heure. Voici votre passeport. Je vous attends à Perm. — S. »
Le passeport était au nom d’Ivan Iliitch Petrof, courtier en lin, de Vladimir. Mme Petrova accompagnait son mari. Ce même jour, Savinski alla remettre le passeport à la domestique de son appartement sur la Fontanka, qui le donna au chef-gardien et Savinski se trouva avoir ainsi une double personnalité légale à Pétrograd.
— Il ne me reste qu’à laisser pousser ma barbe, dit-il à Lydia.
— Crois-tu que ce soit nécessaire ? fit celle-ci avec inquiétude.