— Où se passe-t-il donc, commença-t-elle, des choses aussi extraordinaires que chez nous ? Comme la vie doit être ennuyeuse partout ailleurs ! Il paraît que bientôt nous allons tous être obligés de travailler. Ce sera très amusant. J’apprends déjà à écrire à la machine. Je gagnerai ma vie, Paul ; j’aurai un poste important aux Affaires étrangères. C’est arrangé.
Paul regarda sa cousine et lui dit avec un sérieux incroyable qui la fit pouffer de rire :
— Tu es une enfant, Lydia, tu joues avec tout. Mais Dieu sait ce que l’avenir nous réserve.
— Eh bien, moi, je n’ai pas peur, lança Lydia, dès qu’elle eut recouvré son sang-froid. On aura un tel besoin de « capacités », comme ils disent, que nous sommes sûrs, toi et moi, de nous tirer d’affaire. Regarde : j’ai déjà deux situations offertes, l’une plus brillante que l’autre. Et, si tu ne trouves rien, je te prendrai à mon service. Tu seras le secrétaire de la secrétaire.
Cette perspective rasséréna le jeune Paul. Sa figure reprit l’expression, qui lui était naturelle, de bonne humeur et d’insouciance et, pendant toute la soirée, Lydia et lui jouèrent au bolchévisme, en épuisèrent à l’avance les félicités et le vidèrent de ses terreurs.
— Tout est bien, pourvu que je ne te quitte jamais, dit Paul en partant.
Et Lydia lui répondit, en l’embrassant sur les deux joues :
— Mais oui, on ne sépare pas un frère de sa sœur.
Paul n’aima pas cette réponse.