[1] 1906.
8.—LE CAS DE MADEMOISELLE AMOROSA
A Henry Daguerches.
L'aventure commença dans le cabinet de mon éditeur. Ce matin-là,—un matin de juin 1906,—j'étais allé, n'ayant rien de mieux à faire, jeter un coup d'œil sur «la recette», comme disent nos confrères, les gens de théâtre. Et, dès l'antichambre de la librairie, je compris, au salut en plongeon des garçons de salle, qu'un événement sensationnel m'avait, depuis ma dernière visite, relevé notablement dans l'échelle sociale.
L'instant d'après tout s'expliqua. Prévenu de mon arrivée, le vieux Brown descendait déjà du fauteuil directorial pour accourir à ma rencontre, et, du seuil de mon sanctuaire, me clamait la grande nouvelle:
—Ça y est! Il est parti! il est parti, le centième mille de votre Grande Ennemie!
Et je crus indispensable de masquer ma réelle émotion d'un haussement d'épaules.
La Grande Ennemie était un roman, d'ailleurs sans prétention, que j'avais commis au cours de l'année précédente, et qui se vendait assez bien, quoique la critique l'eût décrété idiot dès le premier symptôme de son succès. Le vieux Brown, qui se piquait d'être, en matière de bouquins à gros tirage, prophète, voyant et sorcier, s'enorgueillissait violemment d'avoir prédit cette brillante victoire: