—Qu'avez-vous à courir derrière moi?—me demanda-t-elle d'une voix singulière.

Je m'arrêtai naturellement. Quatre pas nous séparaient. Je vis très distinctement son visage, qui me parut fort pâle, et ses yeux qui brillaient d'une flamme bizarre.

—Mais,—dis-je,—j'aimerais à vous dire adieu...

—Adieu?—fit-elle, comme ne comprenant pas.—Adieu?... pourquoi?... Qui êtes-vous?...

J'avais avancé d'un pas. Elle cria tout à coup, saisie d'une inexplicable peur, bondit en arrière, et, galopant, fut, en dix secondes, hors de vue.

Je restai sur place, tout ahuri de cette étrange fin d'une entrevue qui, jusque-là, n'avait rien eu du tout d'étrange.

Mais je m'avisai alors qu'il était tard et qu'il y a loin de Grenelle à la Madeleine. Le soin de trouver un véhicule m'eut bientôt distrait.

Et la vie quotidienne me fit promptement oublier mademoiselle Amorosa.

Or, en avril de cette année, 1907, je rentrais d'une promenade aux Antilles, quand, sur un quai de Bordeaux, je rencontrai mon ami, Max Frêle, près de partir, lui, pour le Dahomey.

Max Frêle venait de publier ses Hommes sans Mémoire, ce prodigieux bouquin qui l'a rendu d'un coup, à vingt-cinq ans, illustre.