—Il n'est pas vieux. C'est un Frank de France. Il donnera ce que tu veux.

Nectar-hanoun songea que les Franks valent mieux que les Turcs, car leurs femmes sont moins jalouses, et le danger est plus petit.

—Il parle turc, tu sais!—insistait la vieille, qui voulait gagner son backchich:—il parle turc très bien.

—Oh!—dit Nectar-hanoun,—cela m'est égal qu'il parle turc: avec les étrangers, même quand on se comprend, on n'a jamais rien à se dire... Mais qu'est-ce que cela fait! je veux bien coucher avec lui...»

X

Nectar-hanoun donna rendez-vous à l'étranger dans la maison turque de la rue Abdullah. C'est une maison très mystérieuse, que les pachas choisissent pour leurs intrigues tout à fait secrètes. Elle a deux portes qui donnent sur deux carrefours obscurs. Et n'importe qui peut passer par là sans être remarqué, parce que c'est le chemin le plus court entre la rue Sira-Selvi et la rue de Péra, deux rues très élégantes de Constantinople.

Nectar-hanoun n'avait pas besoin de tant de précautions pour recevoir l'étranger. Mais Perrouz-hanoun lui avait enseigné que les amants aiment par-dessus tout le mystère, même inutile. En outre, elle était de sa race, la plus craintive et la plus rusée du monde! Allah a fait le lièvre, le serpent et l'Arménien.

XI

Dans leur chambre tapissée de nattes et meublée de tapis en divans, Nectar-hanoun et l'étranger essayèrent d'abord de converser, avant l'amour.

L'étranger parlait vraiment très bien turc.