Il s'inclina devant elle:
—Parce que j'ai entendu le son de votre voix. Dès lors, vous n'êtes plus pour moi un masque anonyme. Je vous ai reconnue et je sais que vous êtes celle que j'attendais: ma fiancée. Il n'est pas convenable de tutoyer sa fiancée. Je vous tutoierai quand vous serez ma femme.
Elle rit:
—Je suis déjà la femme de quelqu'un. Voyez.
Elle tendait sa main gauche, où, sous le gant de soie bleue, transparaissait l'alliance d'or. Il prit la main, la déganta, la baisa et ôta l'anneau:
—Voyez vous-même. Il n'y a plus rien. La main est nue, et la femme est libre.
Elle n'eut pas du tout envie de se fâcher. Elle prit le bras qu'il offrait et ils se mêlèrent à la foule. Une farandole se nouait et tourbillonnait d'un bout à l'autre de la salle, grande comme un parc. Emportés par le vent, ils coururent. Ils se tenaient par la main, et leurs paumes serrées l'une contre l'autre, échangeaient leurs chaleurs vivantes...
Velours bleu et satin rose, ils semblèrent, cinq minutes durant, deux pantins chatoyants, secoués par des fils en délire. La farandole enfin se brisa, les rejetant, essoufflés et moites, sur deux fauteuils au bord d'un massif de palmiers.
—Je n'en peux plus!—dit-elle.—C'est fou!...
Pour respirer, elle souleva son loup... Oh! le temps d'un clin d'œil: il put tout juste entrevoir une bouche sensuelle et un nez mutin...