Elle renaît aujourd'hui. Mais sa splendeur passée n'est plus qu'un souvenir. Elle fut la deuxième des marines du monde, et parfois lutta pour le premier rang. Elle se contentera du cinquième ou du sixième, après les Anglais, après les Allemands, après les Américains, après les Japonais, après les Italiens peut-être, après les Russes bientôt...

N'importe! elle renaît... Tout à l'heure, un cuirassé français, un vrai cuirassé, bon pour les batailles prochaines, flottera...

Donc, ce lancement du Paris, du Paris tant et si longtemps souhaité, désiré, voulu par tous les marins de France, c'est un spectacle unique. Il faut être là. On y est.

Cela fait une ribambelle de très jolis chapeaux. Alentour, les galons des uniformes brillent. Et l'on bavarde tant qu'on peut, comme si l'heure n'était pas solennelle le moins du monde.

D'ailleurs, par hasard, il arrive çà et là que les bavards s'occupent du Paris... Dans un groupe très élégant, un petit officier, frais échappé du Duguay-Trouin sans doute, harangue deux fort jolies femmes, dont l'une ressemble à s'y méprendre à mademoiselle ... Chose ... des Variétés... ou d'ailleurs... Et pourquoi ne serait-ce pas mademoiselle Chose?... Le petit officier parle haut, et on l'écoute:

—Pourquoi ce nom tronqué: le Paris? C'est absurde! La Ville de Paris, voilà le nom qu'il aurait fallu!... La Ville de Paris, ça nous aurait rappelé des souvenirs...

Mademoiselle Chose est curieuse:

—Quels souvenirs, cher monsieur?

—Des souvenirs assez glorieux, chère madame!... mais les Français oublient facilement... Savez-vous que, jadis, au temps des flottes françaises qui gagnaient des batailles, plusieurs vaisseaux de ces flottes-là se sont appelés la Ville de Paris?... et jamais aucun de Paris?... Non, naturellement, vous ne savez pas. Personne ne sait, chez nous. En Angleterre...

—Laissez donc l'Angleterre où elle est, et racontez votre histoire ... votre histoire de Paris?... Vous en mourez d'envie.