—Huit...

Et l'Allemand jeta autour de lui un regard d'épouvante. La foule, prête à s'élancer, ne s'élancerait tout de même pas,—sûrement pas!—avant deux secondes... Or, aux oreilles bourdonnantes de sid Hermann Schlaster, l'avant-dernière seconde tintait comme un glas:

—Neuf...

Alors les yeux couleur de faïence, anxieusement, sondèrent, fouillèrent les yeux couleur d'acier bruni.—Qu'y avait-il, au fond de ce métal trop dur, impénétrable?—La dixième seconde se traînait, longue comme un siècle... Les yeux couleur d'acier bruni ne cillaient ni ne clignaient. Et leur regard dans les yeux couleur de faïence se plantait, plus froid, plus aigu qu'une épée. Et les yeux couleur de faïence vacillèrent et tournoyèrent, glacés par l'invincible angoisse de la mort...

Or, il y avait mille et dix mille pensées, au fond des yeux couleur d'acier, impénétrables. Mille et dix mille!—Mais c'étaient des pensées que seuls d'autres yeux d'acier auraient pu lire; d'autres yeux de la race des yeux qui jamais ne clignent ni ne cillent, et savent regarder d'un même regard la mort et la vie...

Olivier de Serres, revolver au poing, près de tuer, était comme un mourant: car il n'importe guère, pour un homme brave, lorsque la mort va s'abattre, qu'elle tombe sur lui-même ou sur autrui. Olivier de Serres, près de tuer, près d'être tué ... qu'importe!... apercevait dans cette dixième seconde toutes les conséquences fatales de ce coup de feu qui allait partir...

Vision d'indicible cauchemar...

Plaines couvertes de soldats ... plaines couvertes de cadavres ... sang ... ruisseaux de sang ... fleuves de sang ... batailles gagnées ... batailles perdues ... blessure fraîche au flanc de la patrie, blessure d'où coule la vie ... d'où coulent un million de vies...

Car la guerre est inévitable, pour venger la mort d'un agent diplomatique, tué de sang-froid,—même justement...

La guerre,—inévitable...