—Oui donc, monsieur! et depuis un moment, déjà...

—Mais ... elle est sortie ... toute seule?

—Pour sûr, monsieur! toute seule et à pied. Mêmement qu'elle n'a pas pris de parapluie, aussi donc!...

—Ah bah!... Mais c'est mercredi, aujourd'hui... Elle doit chanter ce soir, il me semble?

—Oui donc, monsieur. Mireille, qu'elle chantera. A preuve que le garçon du théâtre «a venu» déjà, quérir le panier à costumes...

XI

Je dînai seul à la Brasserie, point gai. Mes compagnons des soirs précédents me manquaient déjà, et presque douloureusement ... le grand garçon, toujours boute-en-train ... la petite fille, si prompte à oublier ses rôles de dame grave... Où étaient-ils au juste, et que faisaient-ils, l'un et l'autre, en cet instant même?

Huit heures sonnèrent. A «l'estime», comme disent les timoniers, j'aurais cru qu'il en était au moins dix. J'entrai au théâtre. Tout de suite je vis Loreley Loredana,—en scène comme j'arrivais, et qui chantait,—fort paisiblement, me sembla-t-il. Mais il me semblait mal: j'avais compté sans l'habitude des planches, vite devenue, pour toute actrice, une seconde nature, tout à fait capable d'étouffer la première, au moins cinq actes durant. En fait, le rideau n'avait pas fini de tomber sur le premier tableau qu'une ouvreuse m'apportait en grande hâte un chiffon de papier griffonné d'un crayon fébrile: Loreley Loredana me suppliait d'accourir dans sa loge, tout de suite, tout de suite, tout de suite!...

Tout de suite j'accourus.

C'était la première fois que j'entrais dans la loge de Loreley Loredana. J'eus d'ailleurs à peine le temps d'entrevoir quatre murs tendus d'une toile de Jouy fanfreluchée, et trois douzaines d'éventails épinglés à ces quatre murs en manière d'ornements et d'objets d'art. Déjà la maîtresse de céans s'élançait à ma rencontre: