Loreley Loredana, pourtant, semblait redevenue calme. Et, n'eût été que ce calme-là ne ressemblait de près ni de loin à la gaieté de naguère, dont il ne restait plus vestige, j'aurais jugé la situation satisfaisante. En tout cas, j'étais à cent lieues de prévoir le coup de théâtre qui se préparait.
Ce fut à minuit trois quarts très juste qu'il éclata.
Je venais de lever les yeux vers l'horloge, et je m'apprêtais à donner le signal de la retraite, «puisque l'Ardèche ne voulait décidément pas faire naufrage avant le lendemain...»
A ce moment, l'imbécile, déjà plusieurs fois nommé, entra. Et, dans la bouffée d'air froid qui passait la porte avec lui, je sentis venir une catastrophe.
Loreley Loredana, d'un sursaut, s'était dressée. Elle regardait droit devant elle, avec des yeux très fixes. Elle battit deux fois des lèvres, pour balbutier un seul mot, qui, dans ses trois lettres, enfermait déjà tous les désastres:
—Oui?
Et la réponse vint, aussi stupidement épouvantable que si «toute la ville» eût collaboré pour la combiner telle, exprès:
—Eh bien! oui. Il ne peut pas y avoir d'erreur. C'est un vapeur norvégien qui a apporté la nouvelle. L'Ardèche a coulé bas près de la chaussée de Sein, au coucher du soleil. Le norvégien a très bien vu...
D'instinct, je m'étais levé, et j'avançais les bras, à tout hasard. Ce fut à peine assez tôt pour recevoir Loreley Loredana, qui tournoya, puis s'abattit, comme frappée d'une balle.
Elle n'avait même pas entendu la dernière phrase du jeune idiot: