464, Tiphaigne, précisément, vient d'être envoyé sous la passerelle, au canon de 164mm, 7 bâbord. A dix pas en arrière de la culasse, quarante cartouches et quarante obus sont alignés: les parcs de réserve. Les pourvoyeurs, en ligne de file, assurent le va-et-vient des parcs à la pièce...

Au commandement du capitaine, le pointeur a pressé sur la détente. Le premier coup éclate. Les servants, à toute vitesse, rouvrent la culasse, arrachent la douille, et lancent dans l'âme fumante le nouvel obus et la nouvelle cartouche, apportés par le premier couple de pourvoyeurs...

—Paré! Feu!

Le second coup éclate ... le troisième ... le quatrième...

—Hâââ!...

Une détonation,—qui ne ressemble pas aux détonations des canons... Un immense éclair rouge, qui jaillit en arrière, au lieu de jaillir en avant... Et quatre hommes qui s'effondrent, broyés.—La poudre,—la sinistre poudre!—vient encore de faire des siennes. Le quatrième coup est parti tout seul,—avant que la culasse fut refermée...

Renversé par la secousse et relevé dans la même seconde, Fargue s'est rué du haut de la passerelle au bas, et hurle:

—Les cartouches! nom de Dieu! jetez les cartouches! jetez les cartouches à la mer!

Elles flambent déjà, les cartouches ... elles fusent: le feu du canon déculassé, en dix secondes, a gagné le parc à cartouches. Dix autres secondes, et le feu du parc à cartouches gagnera le parc à obus.—Or, les obus ne fusent pas, eux: ils explosent. Donc, dix secondes encore, et le cuirassé—saute,—comme jadis sautèrent l'Iéna et la Liberté...

Mais, à l'ordre de l'officier, une voix étouffée répond déjà, du plein milieu de la fumée et des flammes: