Le sifflet du maître de quart appuie le commandement d'un trille aigu, et les caporaux d'armes galopent de la teugue à la dunette:
—A l'appel, les baleiniers deux! à l'appel!... Les baleiniers deux embarquent!...
Déjà, deux gars de bonne volonté apportent, à la course, les poulies de retour. Car la baleinière deux n'est point encore à la mer. Elle pend au bout de ses bossoirs, plus haut que le spardeck, à douze ou quinze mètres au-dessus des vagues. Et il faut l'amener, avant de l'armer.
—Allons! les baleiniers deux!... Grouille-toi un peu, mon fils!...
304, Le Kerrec, matelot de première classe, gabier breveté,—patron de la baleinière deux,—est tout juste en train de parachever l'astiquage du liston de cuivre de la dite baleinière. Confortablement juché dans l'embarcation,—à plat ventre sur la fargue, les jambes agrippées à un banc, le buste penché au dehors, la tête ballant dans le vide,—il frotte avec allégresse, en chantant un refrain de Morlaix.
Le coup de sifflet le dresse, ahuri, son fourbissage d'une main, sa pipe de l'autre:
—Quoi que c'est donc, alors?... V'là qu'on m'arme, à c'te heure?... Et par le temps d'aujourd'hui?
Le fait est que la houle est creuse, et le vent beaucoup plus que frais. L'ordinaire, d'ailleurs, ce temps-là, sur cette damnée côte marocaine. De grandes vagues rageuses déferlent d'un horizon à l'autre. Et le Ça-Ira, quoique au mouillage, roule et tangue pis qu'en plein océan.
A deux milles par tribord, la plage jaune et verte disparaît sous une formidable frange d'écume: la barre. On aperçoit à peine, au-dessus des embruns tumultueux, la ville maure, fine dentelle de chaux bleuâtre, et ses hauts minarets à clochetons...
—C'est-il qu'on est saoul, donc? d'envoyer ma baleinière dans c'te barre-là?... Bon sang! misère!...