Felze la questionna du regard. Elle expliqua, un peu confuse:

—J'ai été à l'école à Osaka...

Puis, après un silence:

—Quand ma mère m'a vendue, j'ai eu du chagrin.

Son visage s'était imperceptiblement crispé. Une tristesse voila les yeux minces, un pli oblique se creusa du coin de la bouche à l'angle des narines. Mais, dans l'instant même, un effort surprenant refoula la pauvre grimace douloureuse et, résolu, correct, un sourire y succéda.

Felze prit la main de l'enfant, une main qui n'était pas vilaine, et la baisa, non sans respect.

—J'ai vu,—songeait-il,—des laques anciens, dont le travail représentait dix ans de la vie d'un artiste. Et j'ai admiré ces laques. Mais le sourire que voilà, sur ce visage de petite servante, combien représente-t-il de siècles d'une civilisation toute tendue vers l'héroïsme et l'élégance?...

Des pensées rapides s'enchaînèrent dans sa cervelle:

—Tcheou Pé-i,—dit-il, presque à haute voix,—estimerait peut-être que cette civilisation vaut d'être sauvée, par n'importe quel moyen...

[1] Le troisième des livres sacrés (King): Y-King (Sciences Occultes), Chou-King (Annales), Cheu-King (Vers), Li-Ki (Rites), Tchun-Tsiou (Printemps et Automne).