Il répéta deux fois, articulant bien, accentuant:

—Neutre ... neutre...

Mais il se tut soudain, parce que les lèvres blêmes remuaient, parce qu'un souffle en sortait, un murmure rauque, indistinct d'abord, mais bientôt plus net, affermi, des syllabes, des paroles, un chant:

—Le temps des cerisiers en fleurs n'est pas encore passé.
Maintenant cependant les fleurs devraient tomber,
Tandis que l'amour de ceux qui les regardent
Est à son extrême exaltation...

Herbert Fergan écoutait, et un froid brusque entra dans ses veines.

Les yeux presque morts ne détachaient pas leur regard, un regard immobile et sombre où semblait luire comme le reflet d'une ancienne vision. La voix, renforcée par un miracle d'énergie, chanta encore:

—Il m'a dit: «Cette nuit j'ai rêvé. J'avais ta chevelure autour de mon cou. J'avais tes cheveux comme un collier noir autour de ma nuque et sur ma poitrine...»

Plus pâle qu'Yorisaka lui-même, Herbert Fergan avait reculé d'un pas; et il détournait maintenant la tête pour échapper au regard terrible. Mais il n'échappait pas à la voix, à la voix plus terrible que le regard:

—Je les caressais et c'étaient les miens; et nous étions liés pour toujours ainsi, par la même chevelure, la bouche sur la bouche, ainsi que deux lauriers n'ont souvent qu'une racine...

La voix résonnait comme un cristal près de se rompre. Peu à peu, aux joues de Fergan, le sang était revenu. Et ce sang commençait d'empourprer toute la face d'une rougeur honteuse, humiliée, d'une rougeur de soufflet reçu en plein visage...