Il eut une colère soudaine, et fit un pas vers elle. Dédaigneuse, elle pencha le front de côté et, par une sorte de défi, caressa les cheveux de miss Vane.
Il s'était arrêté et il avait pâli. A son tour, elle fit un pas vers lui, lentement. Elle gardait sa main droite posée sur la tête de la jeune fille. Et, tout à coup, elle offrit sa main gauche à l'homme immobile.
Il hésita. Mais elle avait cessé de rire. Une dureté contractait son visage. Sur ses lèvres, sa langue passa, d'un mouvement vif, à la fois cruel et sensuel.
Il pâlit davantage, et, humble, se courba pour baiser la main tendue.
VIII
L'Yseult était évitée cap au sud. Par le sabord de sa chambre, située à bâbord, Felze accoudé voyait tout Nagasaki, depuis le grand temple du Cheval de Bronze, sur la colline d'O-Souwa, jusqu'aux usines fumeuses qui allongent la ville vers l'entrée du fiord.
C'était le matin. Il avait plu. Le ciel gris accrochait encore des lambeaux de nuages aux sommets de toutes les collines. La verdure nuancée des pins, des cèdres, des camphriers et des érables, apparaissait plus fraîche sous ce manteau de ouate humide. La neige rose des cerisiers luisait, plus délicate. Et, sur la frontière des nuées basses, les cimetières qui dominent la cité montraient plus nettes leurs petites stèles lavées par l'eau de pluie. Seuls, les toits des maisons, toujours bruns et bleus, mais sans jeux d'ombres et de lumières, se mêlaient confusément tout le long du rivage. Et le soleil manquait à leurs tuiles ternes.
—Les paysagistes—songea Felze—ont en somme les mêmes joies que nous. Le plaisir est pareil, de peindre ce printemps mouillé, ou le visage d'une fille de seize ans, qui a pleuré, la veille, son son premier petit chagrin d'amoureuse...
Il quitta le sabord et vint s'asseoir devant la table à dessiner. Quelques esquisses étaient là. Il les feuilleta.