—J'insiste,—dis-je, en tâchant de rester calme encore.—Je m'engage à ne pas réveiller madame de..., si son sommeil est vraiment profond à ce point. Mais je désire tout de même la voir. J'en ai, ce me semble, le droit, et j'espère que ce droit ne me sera pas contesté.
Cette fois, le marquis Gaspard cessa de sourire, et me regarda très fixement. Puis d'un ton sérieux:
—Monsieur l'officier,—dit-il,—vous êtes, sachez-le, en situation de tout exiger ici, sans qu'on vous y refuse rien. Donc, venez!
Il se leva, s'en fut à la porte, l'ouvrit, traversa l'antichambre...
Je le suivais, étonné, inquiet. Les deux vieillards s'étaient levés aussi, et marchaient derrière moi........
—Monsieur,—dit le marquis Gaspard, à mi-voix,—il vous est maintenant loisible de comprendre la raison pour laquelle on vous a maintes fois prié de ne pas faire de bruit dans votre appartement, voisin de celui-ci...
Ç'avait bien été l'huis aux trois verrous de fer sous le vantail duquel j'avais, l'heure d'avant, respiré le parfum de muguet si familier à mes narines. Et c'était bien la chambre que j'avais devinée, toute nue, pareille à ma propre chambre; et c'était bien le même lit, aux draps fins, aux couvertures soyeuses.
Sur ce lit, Madeleine gisait, les yeux clos, la bouche blanche, les joues grises... On ne m'avait point menti. Elle dormait. Elle dormait très profondément,—trop profondément,—d'un étrange sommeil, blême, glacé, et plus proche, peut-être, de la mort que de la vie...
—Ayez soin de tenir votre promesse, monsieur,—dit encore le marquis Gaspard;—vous voyez que madame de... dort tout de bon. Et j'ajoute qu'elle est assez lasse pour ne pouvoir guère supporter la secousse d'un réveil trop brutal...