J'avais écouté, avec un grand froid dans le cœur. Le marquis se pencha en avant:
—Acceptez-vous,—me demanda-t-il,—acceptez-vous de bonne volonté, monsieur, cet arrêt?
D'une secousse des deux épaules, je rappelai à moi tout ce qui me restait d'énergie. Puis, tête haute, je dis:
—Je suis entre vos mains. Je n'ai rien à accepter, ni rien à refuser. Je subis.
A mon grand étonnement, ma réponse, quoique facile à prévoir, déconcerta mystérieusement mon juge. Je le vis mordre ses lèvres et promener de droite à gauche un regard indécis. A la fin;
—Monsieur,—reprit-il tout à coup, sur un ton de reproche assez étrange,—j'attendais mieux de vous, et, je vous le dis sans fard, cette résignation que vous affectez ne fait pas mon compte. Souvenez-vous, s'il vous plaît, des gens que nous sommes. Je ne sache pas qu'il y ait ici ni bourreau ni victime. Et c'est librement que vous accepterez ou refuserez de vous soumettre à ce que nous attendons de vous.
Ahuri, je considérais l'homme qui me parlait en ces termes extravagants, et je me taisais. Il insista:
—Encore un coup, monsieur, je vous le demande; consentez-vous de bon cœur à la mort du capitaine André Narcy, et consentez-vous de bon cœur à lui survivre, au seul prix de quelques années d'une captivité qui sera douce?
Je n'essayais plus de comprendre. Je haussai les épaules, et je répondis:
—Non.