Une minute passa, interminable. Je m'étais penché au-dessus du lit, sans oser seulement effleurer de mes mains draps ni couvertures. Enfin j'entendis, dans la poitrine presque affaissée, le murmure d'une respiration moins imperceptible; puis, sur les deux pommettes à la fois, j'aperçus, très pâle, mais déjà rassurante, la teinte rosée tant attendue.....

Et ce fut comme une résurrection, rapide et merveilleuse. Tout le visage, par degrés se recolora. Le cœur se reprit à battre fort, et les beaux seins qui étaient ma plus tendre et ma chère volupté soulevèrent d'un rythme harmonieux la toile qui les couvrait. Sous ma bouche, prête à baiser le premier éveil des paupières encore closes, je sentis la chaleur vitale reconquérir les joues, le front, la bouche. Un doux soupir entr'ouvrit les lèvres déjà mi-souriantes. Et je ne retins plus mon baiser...

Ce fut sous ma caresse qu'elle revint à la vie...


Dieux! dieux!... combien de siècles révolus, engloutis, depuis ce baiser?...


Elle me dit:

—Oh! j'ai dormi?... Et tu t'es rhabillé, méchant?

Elle nouait ses mains soyeuses à ma nuque, et je sentais tout son corps léger,—trop léger,—se détendre, s'étirer, mollement, entre les draps...

Elle dit encore: