Alors je m'affaiblis davantage encore. Et je cessai de voir, puis d'entendre. Un voile noir, opaque, m'ensevelit. Et ce fut comme si j'étais mort.


Plus tard, je revins à moi. Beaucoup plus tard, je pense. Je ne sais d'ailleurs pas. Mais, quand je revins à moi, toute ma vie, antérieure à mon évanouissement, m'apparut distante d'une éternité,—reculée au delà de tous les âges...

Des mains froides pressaient mes tempes. Sur mon front, des gouttes d'eau tombaient d'un mouchoir tordu. Le comte François était devant moi, et travaillait à me ranimer.

Je poussai un soupir, j'ouvris les yeux, je détendis mes doigts agrippés aux accoudoirs de la dormeuse... Le comte lâcha mes tempes, essuya mon front, et s'écarta.

Alors je vis...


Je vis, dans l'autre dormeuse assis, un Homme.

Un homme comme moi. Pareil. Pareil exactement.

Moi-même. Je regardai, et je ne sus pas si c était lui, ou moi, qui était moi. Je ne sus pas non plus si nous étions deux hommes, ou un seul en deux personnes. Péniblement, je soulevai un bras,—et j'en vins à bout parce que ce bras ne pesait guère plus, maintenant qu'un bras de baudruche;—je le soulevai donc, pour voir si l'autre Homme,—l'autre moi,—serait, par mon geste, forcé à ce geste identique,—contraint de soulever le même bras, identiquement. Mais non: j'avais bougé, moi; et lui ne bougea pas. Nous étions donc deux. Deux hommes différents. Deux êtres...