—Du Mourillon?... Eh bien! et nous?... est-ce que nous n'en sommes pas aussi, du Mourillon?... Il me semble qu'au contraire....

—Il vous semble mal, mon petit!... Vous et moi, nous logeons au Mourillon, mais nous n'en sommes pas. Nous sommes de Toulon,—de la ville:—nous dînons chez Margassou, nous soupons à la Pintade, nous «soirons» au Casino, nous poussons des bordées jusque chez Marius Agantanière, en plein «quartier»... Les gens du Mourillon ne font rien de tout ça. Ils vivent chez eux, comme maris et femmes; ils mangent leur cuisine; ils s'invitent les uns les autres à «prendre le café», et ils ne sortent de leur trou qu'une ou deux fois l'an, pour la Noël et pour le Quatorze Juillet.... Encore, vous entendez ceux-ci: ils parlent d'emporter la dinde et le foie gras dans leurs poches!... ça les embête de revenir ici, à minuit, pour le réveillon....

—En voilà, une existence!... Mais comment se fait-il?...

—Bien simple, mon petit: le Mourillon, c'est le refuge de tous les coloniaux et de tous les maritimes qui arrivent de campagne et qui ont besoin de se soigner ou de se reposer, tranquillement. Tenez! votre docteur Rabœuf ira là, dix contre un à parier!... On loue une petite villa, on la meuble d'une petite femme, et l'on met la poule au pot tous les dimanches.... Maintenant, voulez-vous que je vous dise une bonne chose? cette «existence», comme vous dites, elle vous irait comme un gant!...

—Dame!... Si Peyras voulait....

—Hein?...

—Non!... vous fâchez pas, Dorée!... ça m'a échappé, mais ça ne compte pas....

La bande mourillonnaise levait la séance, fort à propos pour calmer la marquise, en colère tout de bon, cette fois.

—Hep!—murmura-t-elle, en poussant le pied de Célia,—Hep!... regardez vite!...

Trois hommes s'en allaient, les derniers de la bande, trois hommes que Célia ni Dorée n'avaient remarqués jusqu'alors, parce que, assis, ils leur avaient tourné le dos; trois hommes, en vérité, étranges....