Au pied de la falaise, des lames rondes et lisses s'écrasaient l'une après l'autre, avec le même gémissement grave et le même soupir longuement exhalé. Mandarine, ses deux mains à plat sur le petit mur de la terrasse, et son corps drapé s'inclinant au-dessus de la mer nocturne, acheva de murmurer des vers:
—Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d'un mirage doré ...
Ou, penchés à l'avant des blanches caravelles,
Ils regardaient monter, en un ciel ignoré,
Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles ...
—Bravo!—fit une voix.
La terrasse était toute noire. Mandarine, se retournant, ne distingua pas qui avait parlé. Elle, détachée en brun sur le fond laiteux du ciel, apparaissait comme un mince fantôme. Le châle vénitien à longues franges dont elle s'enveloppait ondulait à la brise de mer.
La voix reprit:
—Vous n'avez pas froid?
Mandarine, cette fois, reconnut Lohéac de Villaine.
—Non, je n'ai pas froid,—dit-elle.—Où êtes-vous donc?...
—Ici....
Il avait avancé de deux pas; tout à coup, il enlaça la jeune femme, et lui baisa la tempe.