—Non! ne soyez pas fâchée!... Vous le voyez bien, ce n'est pas de ma faute.... Je n'ai pas fait exprès ... je me suis laissée aller, parce que c'était plus fort que moi.... Et puis rappelez-vous, Mandarine! vous-même me l'aviez dit, autrefois, dans votre fumerie, le jour même de ma première visite chez vous: que je devais vivre bien sage et me civiliser petit à petit, en attendant qu'il me revînt, lui.... Eh bien! tout ce que vous m'aviez dit, je l'ai fait.... J'ai vécu bien sage ... j'ai tâché d'être moins sauvagesse ... et j'ai attendu qu'il revînt! Il est revenu comme vous aviez dit.... Alors pourquoi seriez-vous fâchée? Vous ne devez pas!... Mandarine, je vous en prie! ne soyez pas fâchée!.... Regardez-moi! montrez-moi vos yeux!... Puisque ce n'est pas de ma faute! Vous le voyez bien, que je ne pouvais pas, que je ne peux pas faire autrement!...

A deux mains, elle avait saisi les joues de son amie, et elle relevait vers soi le beau visage aux lignes pures, les yeux clairs si graves sous leurs paupières violettes, et la bouche de corail ciselé,—muette....

Et elle répéta deux fois:

—Vous le voyez bien, que je ne peux pas ... que je ne peux pas....

Alors Mandarine répondit, lentement:

—Si. Vous pouvez. Il faut.

Et elle ajouta, sans plus de préambule:

—Je suis venue vous chercher, pour vous ramener là-bas....


Maintenant, c'était Mandarine qui parlait, et c'était Célia qui écoutait, le front très bas....