A l'échelle du grand appontement de bois, le canot major accosta. L'Estissac mit pied à terre, escalada les marches et, debout sur le quai, embrassa d'un coup d'œil circulaire tout l'horizon.

Au sud, c'était la mer,—la baie d'Halong, et son archipel innombrable.—Les îlots amoncelés formaient écran, et nulle part on n'apercevait une trouée d'eau libre. En sorte que c'était plutôt un lac resserré qu'une mer. Au nord, un paysage singulier, moitié collines et moitié marais, s'étendait à perte de vue, et les nuages bas y traînaient leurs effiloches. Une route bien entretenue suivait le rivage, et la pente d'un coteau l'y appuyait. A flanc de ce coteau, des maisonnettes groupaient leurs murs de briques, leurs toits de tuiles, et les palissades de bambous pointus qui entouraient leurs jardins. La route, un quart de lieue plus loin, aboutissait au village annamite: trente rues, cinq cents cañhas, quatre mille âmes. Autour de L'Estissac immobile, vingt garnements, garçons et fillettes, si pareils entre eux qu'on s'y trompait inévitablement, le harcelait pour qu'il fît choix d'un guide:

—Capitaine!... capitaine!... y en a moyen quoi faire? aller hôtel? poste? Chinois? «casser boîte»?

L'Estissac leva sa canne. Des mains hardies agrippaient ses vêtements.

—Toi,—dit-il en touchant l'épaule la plus proche.—Et vous autres, oust! y en a moyen foutu camp!

Il connaissait la langue du crû.

L'enfant choisi, interrogé, désigna la plus haut perchée des maisonnettes qui dominaient la route.

—Y en a bon chemin derrière Grand Hôtel....

Le Grand Hôtel était, sur trois faces, entouré d'une brousse quasi vierge; et le bon chemin n'était qu'un sentier, mais joli, et bien parfumé de menthe sauvages....

—Maintenant, toi aussi, foutu camp! voilà sapèques!...