La marquise vira sur son tabouret:

—Le petit Peyras?... Dieu! oui!... Tout le monde le connaît!

Elle s'interrompit net, pour jeter à sa protégée un coup d'œil inquiet:

—Ah! mais!... doucement, ma gosse! Vous n'allez pas vous toquer de ce gamin-là, par exemple?... Seigneur! c'est que ça a l'air d'être fait, ma parole!...

Les grands yeux noirs de la gosse s'étaient en effet fixés sur le gamin, et suivaient chacun de ses gestes avec un intérêt qui ne se dissimulait point.—Le gamin valait certes qu'on s'y intéressât. Il était tout bonnement délicieux: très jeune, vingt ou vingt-deux ans, peut-être; svelte et long comme un jeune arbre bien poussé; avec, sur les épaules tout de même carrées et solides, la plus fine et la plus ironique des frimousses, qu'une moustache en pointe rendait cavalière et presque belliqueuse.

—Ma gosse!—répétait la marquise Dorée, quasi maternelle.—Si vous prenez feu comme ça, sans savoir pourquoi, vous vous préparez des jours à pleurer et des nuits à ne pas rire!...

Mais Célia n'écoutait même pas:

—Dorée!—murmurait-elle encore;—Dorée!... puisque vous le connaissez?...

La marquise hocha deux fois la tête:

—Oui, n'est-ce pas?... puisque je le connais?... rien ne s'oppose à ce que vous fassiez la bêtise?... Ah! Seigneur! voilà les femmes!... Enfin! du moment que ça vous dit ... allons-y!...