Un jour sur trois, Bertrand Peyras, retenu à son bord par le service de nuit, ne descendait pas à terre. Et Célia, trente-six heures durant, faisait métier de veuve.

Trente-six heures, puisque l'aspirant, ayant quitté sa maîtresse dès le patron-minet, ne rentrait au bercail que le lendemain, à la brune.—Trente-six heures que Célia trouvait longues. Les marins ne sont pas des époux encombrants, et les femmes éprises de liberté n'en sauraient souhaiter de meilleurs. Mais ils sont en revanche des amants fort irréguliers, et leurs maîtresses ont lieu de se plaindre, pour peu qu'elles soient de complexion le moins du monde amoureuse, et qu'elles n'aiment point à dormir seules.

Célia, pour ce motif ou pour tout autre, s'estimait à plaindre en effet; tellement qu'une après-midi de décembre la marquise Dorée, entrant à l'improviste dans le salon de la villa Chichourle, trouva sa protégée pleurant d'ennui.

—Allons, bon!—fit avec autorité cette femme d'expérience.—Quoi encore de cassé? Les haricots ne veulent pas cuire, dans la marmite d'aujourd'hui?

D'un haussement d'épaules éloquent, Célia exprima à quel point la marmite d'aujourd'hui lui semblait identique à la marmite d'hier, identique aussi à la marmite de demain,—identique déplorablement.

—Mais dites, voyons! qu'est-ce qui ne va pas?

—Rien ne va!—murmura la pleureuse.

Elle tamponnait ses yeux d'un mouchoir déjà fort humide.

—Rien,—fit la marquise,—ce n'est guère. Expliquez un peu, mon petit. Peyras?...

Célia inclina la tête: