Autour de la chaise-longue les autres dames formaient déjà le cercle. Mais avant que Farigoulette eût entamé les horreurs promises, une discussion technique s'était engagée entre L'Estissac et l'un des officiers qui venaient d'arriver. Il s'agissait du Béveziers—le croiseur qui, un an plus tôt, avait fait côte au Brésil contre les brisants d'Aguape. Et, à cette discussion, les femmes, toutes, tinrent à honneur de se mêler.

On jugeait avec quelque sévérité le commandant du Béveziers, coupable d'avoir navigué, par nuit noire, trop près d'un littoral dépourvu de phare, contre lequel d'autres bâtiments s'étaient déjà perdus.

—Je croyais,—fit observer, modeste et judicieuse,—la maîtresse de maison, je croyais qu'en pareil cas vous aviez toujours la ressource de sonder?

L'Estissac s'inclina:

—Rien n'est plus juste, chère madame! et vous faites grand honneur à vos professeurs de navigation pratique. Si le commandant du Béveziers eût fait comme vous conseillez, il eût sauvé son navire. Mais, par un oubli vraiment symptomatique, ni cet homme, ni le conseil de guerre chargé de son procès ne se sont souvenus qu'il existait des sondeurs à bord des vaisseaux de la République! L'une de ces petites filles aurait bien dû, la veille du dit procès, aller dormir dans le lit de l'un des juges: l'oubli dont nous parlons eût peut-être été réparé, je veux dire puni....

Jannik riait et haussait les épaules.

—C'est comme je vous le dis!—insista le duc.—La vérité, d'ailleurs, a coutume de sortir des bouches enfantines. Même, il sied, à ce propos, de baiser les dites bouches, par respect....

Et il baisa la bouche de Jannik.