[XXV]
Épilogue de la soirée d'hier: le cavas des Falkland m'apporte, à l'instant, le billet que voici:
«Cher monsieur,
«Ceci est une ambassade.
«Mon mari, charmé, dit-il, des heures délicieuses que vous lui avez fait passer au cercle,—c'est si délicieux que cela le cercle?—me prie de vous inviter à déjeuner pour dimanche, sans aucune cérémonie. Je m'acquitte de cette ambassade avec l'empressement que vous devinez, et je vous prie de croire à tous mes sentiments les plus distingués.
«Mais venez, n'est-ce pas? Pour une fois, grâce à vous, cette table familiale, mon cauchemar de chaque jour, sera moins sinistre. A dimanche, je compte sur vous et je suis votre amie.
«GRANDMORNE FALKLAND».
Assurément, j'irai;—quand ce ne serait que pour raviver mon souvenir, et comparer la jeune personne d'hier à lady Edith, et, peut-être, revoir, devant celle-ci comme devant celle-là, sir Archibald, silencieux et pâle, les poings tremblants....
XXVI
Un déjeuner glacial, pire certes que tout ce que j'avais imaginé. Nous sommes six autour de la table deux fois trop grande: lady Falkland et son mari, lady Edith et Cernuwicz, l'enfant,—muet comme une borne et raide comme un piquet,—et moi.... Très beau couvert, anglais, mais discret en couleurs: nappe blanche, et rien que des chrysanthèmes tous du même ton de rouille. Un goût latin a corrigé l'habituel bariolage des tables britanniques;—oui, latin; et je doute fort que, lorsque sir Archibald aura, selon son désir, changé de femme, la nouvelle lady Falkland sache, aussi bien que celle d'aujourd'hui, mettre partout dans sa maison cette élégance sobre, cette harmonie dont l'œil s'enchante....