XXVIII


Stamboul iok, Osman: Béicos.

Non, je ne veux pas redescendre à Stamboul. Cette petite bataille contre l'Écossaise m'a fouetté le sang, et me voilà précisément dans l'état d'esprit que je souhaitais. Je veux, cette nuit, dormir dans ma maison turque de Béicos. Un caprice....

Un caprice sentimental: ce matin, la vieille Arménienne à mine si correcte et décente m'a apporté, derechef, une lettre sur papier dentelé d'or. Et je sais qu'aujourd'hui, ma petite ingénue turque est seule au logis—toute seule: sa mère à Stamboul, son père je ne sais où....

Bref, deux fantaisies qui s'échangeront.

... On me guettera tout l'après-midi, au shahnichir, et pourvu que mon caïque arrive avant la nuit, pourvu qu'on puisse le reconnaître, tout ira bien, tout sera facile. J'entrerai d'abord dans ma maison à moi; et j'attendrai qu'il fasse bien, bien noir. Après quoi, je sortirai par la porte de derrière, sans bruit; et je n'aurai plus qu'à sauter un mur de jardin, un mur très bas. Rien davantage. Dans le jardin, il y aura quelqu'un....

Quelqu'un. Une petite tille voilée, dont le cœur battra fort.... Qu'attend-elle au juste de moi, cette enfant tentée peut-être par mon dolman bleu ciel et par cet attrait mystérieux que l'Étranger, l'Exotique exerce toujours, irrésistiblement, sur les cerveaux et sur les cœurs de femmes? Ça serait chaste au dernier point, ce rendez-vous, que je n'en serais pas surpris le moins du monde....