C'est une forêt que ce ravin,—une forêt poussée en pleine ville; un cimetière aussi: les plus antiques des tombes de Constantinople sont là, sous les arbres quatre fois centenaires.

Je m'accoude au parapet, et je regarde longtemps la forêt sombre, et le bras de mer au-dessous de la forêt, et la ville turque au delà du bras de mer. Des corneilles innombrables tournoient parmi les pointes des cyprès, en quête de la branche où dormir. Un craillement ininterrompu monte du ravin. La pluie fine embrume toutes choses.

... Ah! voici venir, du fond de la rue, une robe grise sous un parapluie ... une robe grise dont je reconnais l'allure souple. Je vais au-devant.... Bon! c'est comme un fait exprès: la rue n'est plus déserte; un cafetan vient aussi, derrière la robe, à quelque vingt pas. Mais lady Falkland l'a bien vu. Et me croise sans s'arrêter, me jetant à voix basse très vite:—Suivez-moi de loin.

Je la laisse s'éloigner. Elle longe le parapet du ravin, et tout d'un coup, semble passer à travers. Le cafetan, qui fort probablement ne s'inquiète point de nous, continue tout droit. Il n'y a plus personne dans la rue. Je gagne à mon tour le parapet, où s'ouvre une trouée. Un sentier commence là, et serpente au flanc du ravin, parmi les cyprès. Lady Falkland, presque invisible dans l'ombre des arbres, m'attend. Je la rejoins. Je me penche sur sa petite main, que la pluie fait toute froide, et je pose mes lèvres dans l'ouverture ronde du gant.

D'abord, nous ne disons rien. Lady Falkland a pris mon bras, et nous marchons dans le sentier, gagnant vers le creux du ravin, vers la nuit plus sombre et plus secrète. Les troncs des cyprès alternent avec des buissons opaques: le parapluie, accroché çà et là, devient une gêne, Lady Falkland, brusque, le ferme.

—Vous serez mouillée....

—Ça m'est égal.

—Et vos pieds! vous n'êtes pas chaussée pour patauger dans cette boue ruisselante....

—Ça m'est égal.

Elle parle bref. Je sens sa main crispée sur mon bras.