—Pourquoi?

—Un alibi russe, à Constantinople! qu'est-ce que cela vaut? Ces gens-là ont autant de complices que de coreligionnaires, de protégés et de clients.... Ils sont chez eux.... D'ailleurs, je ne tiens pas du tout à ce que Cernuwicz ait tué Falkland de ses mains.... Il lui aura bien plutôt dépêché un gredin à gages: les comitadjis bulgares pullulent à Péra. Enfin tous les alibis de la terre ne prévaudront point contre ceci: que lady Falkland et Cernuwicz se sont vus, seule à seul lundi soir, et qu'ils ont pu s'entendre;—que Cernuwicz a été libre de ses mouvements, toute la journée de mardi;—et que, mardi, au coucher du soleil, Falkland, juste à point, est mort.

Mehmed pacha épie, au fond de mes yeux, l'effet de sa dialectique. Je réfléchis:

—Vous tenez donc beaucoup, monsieur le maréchal, à établir un rapport direct entre le divorce projeté et l'assassinat?

—Donnez-moi une autre hypothèse?

—On a pu tout bonnement tuer Falkland pour le voler.

—Des voleurs n'auraient pas été l'attendre sur le quai d'Iédi-Koulé. Comment prévoir qu'il y passerait? Comment deviner le jour et l'heure? Cernuwicz savait cela; nul autre que lui.

—Pourtant il y a eu vol. Le cadavre a été dépouillé.

—Du portefeuille où étaient les pièces nécessaires au divorce! Oui, je sais, ce portefeuille contenait aussi quelques livres turques. Mais il fallait bien égarer les soupçons.... D'ailleurs, croyez-vous que Cernuwicz, qui doit mille livres à son portier, fasse fi d'un petit bénéfice?

—Oh! monsieur le maréchal! un secrétaire d'ambassade! un gentilhomme!