Madame Kolouri me sourit avec une extrême langueur. Elle s'est tournée vers moi de telle sorte que sa jambe droite touche ma jambe gauche de la cheville au genou, et tandis qu'elle cause, sa main frôle plus souvent mon pantalon que sa robe. Je ne bronche pas; il faut se conformer aux mœurs des pays qu'on traverse. Madame Kolouri n'est d'ailleurs pas vilaine du tout: elle a mieux que de beaux restes, et, vue ainsi à contre-jour, je lui donnerais tout au plus trente-neuf printemps.

Elle parle. Ses paroles sont d'ailleurs moins significatives que ses gestes. Sa voix est bien grecque—rauque à souhait.

—Ainsi, monsieur le marquis, vous arrivez de France? Avez-vous bien passé?

«Bien passé?» je traduis au jugé: Avez-vous fait un bon voyage?» Et je réponds oui. Je crois d'ailleurs être tombé juste.

—J'avais su votre arrivée par les gazettes. Et je désirais beaucoup vous connaître. Mais je pensais bien qu'un de nos amis vous amènerait enfin chez moi, et je faisais patience.

«Faire patience?» Allons, on parle ici un français très spécial.

J'en ai sur-le-champ une preuve de plus. Le septième paravent grouille impétueusement. Mademoiselle Calliope ... ou mademoiselle Christine? laquelle? vient de se lever avec de grands éclats de rire:

—Maman! figurez-vous que madame Philomène a divorcé sa vieille robe verte!

—Son mari brûlera, répliqua madame Kolouri en se levant.

Elle se dirige vers le septième paravent; et c'est un échange instantané: mademoiselle Calliope la remplace dans le shahnichir. Calliope et non Christine: j'ai posé la question sans vergogne, et l'on sourit: