—Non, je n'ai pas de jour. Mais je ne sors presque jamais, et je reçois quand j'y suis. Bonsoir, monsieur, et, s'il vous plaît, à bientôt.
J'ai baisé la main, soyeuse à miracle. En m'en allant, j'ai vu Cernuwicz, qui s'approchait à son tour, sans doute par ordre du mari....
Donc, l'insouciance de tout à l'heure, et l'esprit, et la gaieté, et la coquetterie légère,—ce n'est qu'un vêtement, un vêtement autour de l'âme nue, pour que le monde ne voie pas l'âme?
Eh bien! j'aime cela. Le vêtement est beau. Elle s'habille bien, lady Falkland. Courageusement.
[XII]
Oui, certes, j'irai présenter mes hommages à lady Falkland, chez elle. Et je ne tarderai guère. Je suis trop curieux de cette maison, où deux femmes, épouse et maîtresse, rivales implacables, vivent enfermées comme deux reines abeilles dans une seule ruche, et, quand même, doivent obligatoirement maintenir entre elles le semblant d'intimité que crée le cousinage.
Je me suis informé de cette cousine, qui m'intrigue par avance. C'est, m'a-t-on dit, une assez jolie fille de vingt-cinq ans, orpheline de père et de mère, et sœur cadette d'un comte écossais,—earl—parent éloigné des Falkland. Ce frère aîné, riche autant que sa sœur est pauvre, s'était d'abord chargé d'elle, et se proposait de la doter convenablement. Mais, à la suite de je ne sais quelle petite infamie maladroite, dont elle avait, par avance, récompensé ce brave homme, il la jeta littéralement à la rue, et refusa de plus jamais entendre parler d'elle. Lady Falkland, à cette époque, insista auprès de son mari pour qu'il recueillît la proscrite. Charité vraiment bien placée, s'il est réel que cette ingénieuse personne ait formé le projet de supplanter sa bienfaitrice, et de lui souffler mari, fortune, enfant.