—Osman! caïk, dokouz saat!

C'est du turc, petit nègre, le seul que je sache ânonner jusqu'ici: «Osman, le caïque pour neuf heures....» (neuf heures à la turque, bien entendu). Mes caïkdjis, les nuits de Béicos, couchent sous mon toit.

Je veux, dès aujourd'hui, aller à Canlidja.


Neuf heures à la turque, cela fait, aujourd'hui, trois heures et demie à la franque. C'est bien tôt pour une visite. Mais bah! à la campagne?

La grille des Falkland est coupée, en son milieu, par une porte grande ouverte. Un perron d'accostage descend dans l'eau. A droite, je reconnais le petit pavillon isolé, qui surplombe comme un shahnichir. Il a l'air fort délabré, ce petit pavillon.

Je traverse le jardin. Ah! voici les grands cèdres qu'on voit de Béicos. La maison a bonne mine. C'est une façon d'ancien palais turc en bois un peu vermoulu; mais ces vieilles demeures, simples et amples, ont vraiment grand air. Par exemple, on y entre comme dans un moulin: ni heurtoir, ni sonnette. Je pousse et le battant cède sans plus de façon.

Tout de même, le moulin est habité. Voici une livrée: le cavas rouge des Eaux Douces, si je ne me trompe.

—Lady Falkland?

Muet, il baisse la tête: c'est oui, selon la mimique du Levant. Il me précède. Me voilà dans un salon plus vaste que ceux de la rue de Brousse; plus beau aussi. Tout le mur du fond est revêtu de tapis d'Yorghès, doux à regarder comme des pastels anciens....