Il fit deux pas vers la porte, et revint:
—J'oubliais le principal. Il y a douze ans, vous m'avez sauvé la vie, ou peu s'en faut, vous et vos amis. A charge de revanche, quand il vous plaira, monsieur le colonel.
Et il tourna les talons.
Un quart d'heure plus tard, je le reconnus dans le cortège impérial. Entre les régiments rangés en bataille, entre les drapeaux cramoisis qui s'inclinaient,—les drapeaux de Plewna, du Caucase et de Thessalie,—le sultan passait, et ses magnifiques chevaux, tenus à pleines mains, se cabraient d'aller au pas. Le carrosse était entouré d'une centaine de pachas à grands cordons rouges ou verts et toute cette foule, à pied, trottinait pour n'être pas distancée. Seul, Mehmed Djaleddin, la main gauche posée sur la portière, ne courait pas; il lui suffisait d'allonger ses enjambées robustes.
Après, ç'a été la prière impériale, le muezzin psalmodiant sur son minaret, et la retraite des régiments, rentrant dans leurs casernes.
Puis, le retour du sultan, qui repasse au grand trot, sans escorte, ou presque. Puis l'audience, tout à fait quelconque....
A la porte d'Yildiz, le coupé de l'ambassadeur était avancé. Mais je n'ai pas trouvé ma voiture à moi, égarée.
Fort indifférent à ce détail, Narcisse Boucher m'a paisiblement tendu la main.
—Au revoir, colonel. Tiens, n'avez pas votre sapin? Vous frappez pas, allez! va venir tout de suite. A bientôt, pas?