Maintenant, je suis dans ma maison de bois. J'y ai dîné tout seul, à la turque. Mon caïkdji Osman m'a servi du pilaf aux pois chiches et du kébad rissolé. Il fait nuit. En me penchant à la fenêtre, j'essaie de distinguer, parmi la rangée lointaine des lumières de Canlidja, la lumière des Falkland.

A droite et à gauche, les maisons turques voisines de la mienne, silencieuses et comme désertes jusqu'au coucher du soleil, s'animent maintenant et babillent. On a relevé les grillages de bois des shahnichirs. Et vaguement, à la clarté des étoiles, j'entrevois des formes blanches accoudées, j'entends des gazouillis et des rires.


J'ai commandé mon caïque pour dix heures, dix heures à la franque. Cela m'ennuie bien de traverser l'eau, d'aller là-bas, dans ce palace qui fait tapage avec son électricité criarde ... tapage, oui: cette illumination crue, dans la douceur nocturne du Bosphore seulement pointillé de lampes et de lanternes pâles comme les étoiles, me blesse les oreilles autant que les yeux.

Oui; mais il faut aller au bal. Lady Falkland y doit être, comme samedi dernier. Et je lui demanderai si ça tient toujours, pour lundi, notre promenade turque.

Dix heures.... Attendons encore un peu.


Deux heures du matin.

Je reviens de là-bas. J'ai la tête lourde et les tempes qui battent....

Je suis arrivé tard à ce bal. On ne dansait plus. La terrasse était vide. La fraîcheur humide de minuit avait chassé les épaules nues.