Ceci: la Suleïmanié Djami, la mosquée de Suleïman le Magnifique; «la perle et le diamant», disent les Turcs....

Nous passons sous une porte pointue, taillée à facettes, harmonieuse comme un fragment du Parthénon.


Dedans, c'est une nef de cathédrale, la plus splendide que j'aie jamais vue. Des piliers prodigieux portent des arcs de marbre noir et blanc, qui enjambent d'incroyables vides. Des vitraux couleur de lait ou d'algues tamisent une clarté grave. Point de chapelles, point de niches à saints, point de confessionnaux, rien qui rapetisse. L'autel est un portique de marbre gris, muré, sur le fronton duquel, en lettres d'or, la parole du Prophète est écrite.

Il y a quatre colonnes de granit, énormes. Lady Falkland me les désigne:

—Elles proviennent d'une église de Byzance, disparue. Plus anciennement, elles ont porté le temple de Diane, à Ephèse. Plus anciennement, un autre temple, on ne sait pas où. Elles ont déjà vu quatre dieux. Et combien encore à venir.

... Çà et là, des Musulmans prosternés prient en silence. Deux petites filles, libres et joyeuses, se battent pour rire et se roulent sur les grands tapis. Un iman à longue barbe de neige les considère, indulgent.


Au milieu du jardin carré, où se pressent les tombes, lady Falkland me fait admirer un grand mausolée, en forme de kiosk, qu'entoure une galerie octogonale, d'aspect italien. C'est le turbeh de Suleïman. On peut y entrer. Et je songe qu'en notre Europe, soi-disant tolérante, l'accès des mausolées de papes et d'empereurs n'est pas offert à tout venant.

Dans la salle ronde, aux murs revêtus de faïences de Perse, trois majestueux catafalques, habillés de satins et de brocarts, s'alignent côte à côte, flanqués d'énormes cierges de cire jaune, et couronnés de hauts turbans. Suleïman dort là, entre deux sultanes de sa race. A leurs pieds, plusieurs sultanes dorment aussi, sous de pareils brocarts et de pareils satins. Bien de saisissant comme ces catafalques turcs, qui font en quelque sorte visible et tangible la présence du mort.