Ho! un choc mou dans le shahnichir.... Par exemple! c'est un second bouquet pareil au premier.... Le voilà à mes pieds, et il fleure fort l'haleine sensuelle des tubéreuses....

Évidemment, c'est le shahnichir voisin qui bombarde. Sa vitre latérale est grande ouverte. Toutefois personne n'apparaît. Sans doute la prudence s'impose-t-elle.... Je ramasse le bouquet, en prenant soin de ne pas trop me montrer.

C'est bien ce que j'attendais. Un billet est épingle, parmi les fleurs. Un billet très drôle, griffonné sur ce papier à dentelle d'or que les bébés emploient pour leur lettre du jour de l'an:

«Quatre fois, j'ai levé mon voile en me penchant à la fenêtre, et vous ne m'avez pas regardée. Pourtant, je pleurerai quand votre caïque partira....»

Ah bah!

C'est écrit en français, sans la moindre faute. Mon voisin l'iman aurait donc une fille,—pourvue de ses brevets? Au fait, les petites Turques de toutes castes, sont généralement plus instruites que nos jeunes filles de France....

Voyons, que faire? La galanterie, en tout cas, veut que je réponde.

Une feuille de mon carnet? C'est bien inélégant. Tant pis. A la guerre comme à la guerre:

«Je reviendrai bientôt et souvent. Montrez-vous au shahnichir quand je monterai en caïque.»

Voilà. L'épingle maintenant. Le premier bouquet est encore là, véhicule propice.... Un, deux, trois! Le poulet fleuri, lancé à tour de bras, s'engouffre dans la fenêtre ouverte. A Dieu vat!