[Note 76: Le journaliste R.-J. Lebois, qui fera paraître l'Ami du peuple à partir du 29 fructidor an II.—Ce témoignage de Fournier semble infirmer l'assertion de M. Mortimer-Ternaux (II, 436) qui dit que cette nuit-là les meneurs de cette section se tinrent prudemment à l'écart.]
Alors, de mon côté, je demande la parole et je dis:
«Citoyens, l'Assemblée a décrété que la patrie était en danger. Le peuple est levé; vous, municipaux, vous devez aller vous coucher; vous n'avez plus rien à faire.»
A la pointe de jour, je fus nommé commissaire avec trois autres citoyens pour inviter le bataillon de la section à se joindre devant la porte des Cordeliers. Mais les citoyens, trompés par des brigands dont je vis l'un parmi eux faire cabale et s'opposant à notre demande, en concluant au par-dessus à ce qu'on me coupât la tête, refusèrent absolument de marcher, malgré l'arrêté de la section qui les y invitait.
Je rendais compte de ma mission, quand je m'aperçus que nous étions mieux secondés d'ailleurs et que nous pouvions dès lors former l'espoir de faire réussir notre projet. En effet, nous vîmes arriver de toutes parts différents bataillons, et notamment du faubourg Saint-Marcel. Le bataillon de Marseille parut aussi en même temps.
Aussitôt on ne délibéra plus et l'on ne songea qu'à exécuter.
Nous formâmes deux divisions, dont l'une alla par le Pont-Neuf, et l'autre par le Pont-Royal. Le point de ralliement se fit sur la place du Carrousel. Ici tous les mouvements de la grande attaque qui suivit sont précieux à saisir. Nous débutâmes par demander à entrer au château dont les portes étaient fermées.
On nous envoya plusieurs officiers, entre autres, un officier de canonniers, pour nous dire «que nous n'avions qu'à nommer huit chefs, et qu'on les ferait entrer».
Nous répondîmes avec énergie «que nous n'avions point de chefs, mais que nous l'étions tous, et que pour la seconde fois nous demandions à entrer».
Nous sommes restés là près de deux heures. A de longues discussions succéda un refus formel de nous ouvrir.