Sur la proposition d'un autre membre, l'Assemblée décrète que le citoyen
Fournier sera mis en liberté, sauf à être entendu comme témoin par le
Tribunal extraordinaire[10].
[Note 10: Procès-verbal de la Convention, VII, 300-302.]
Mais Marat s'acharna après Fournier. Dans le Publiciste de la République française du 9 mai 1793, il l'accusa d'être un ambitieux, un espion, un parasite. Fournier répondit par un factum apologétique[11] où il y a des renseignements sur sa situation de fortune. Après avoir rappelé qu'il est venu en France au sujet de la propriété dont il a été dépouillé à Saint-Domingue: «Un premier jugement par défaut, dit-il, vient de m'accorder un provisoire de 400,000 livres. Je toucherai cette somme dans peu, si le jugement est confirmé contradictoirement. Jusque-là, je suis en effet misérable. Mes ressources sont uniquement fondées sur la confiance officieuse de mes amis. Je leur dois 78,000 livres, en 22 articles, dont j'ai toutes prêtes les preuves.» Marat demandait à Fournier de quel argent il avait payé une maison de campagne récemment achetée par lui. Il reconnut avoir acheté, depuis plus de deux ans, un jardin à sept lieues de Paris, à Verneuil (Seine-et-Oise): mais il ne l'a pas payé. «S'assurer de ce fait chez le vendeur, Pasquier, marchand de vin, rue de Thionville, à côté du club de Cordeliers.»
[Note 11: A Marat, journaliste. Paris, 14 mai an II, in-4 de 7 pages.]
On le voit: les explications de Fournier ne sont pas tout à fait à son honneur.
Cependant, Marat étant mort, la Commune de Paris lui donna une mission de confiance: elle le chargea, le 26 juillet 1793, d'aller acheter des grains dans les départements du Puy-de-Dôme, de la Haute-Loire et autres circonvoisins. Nous ne savons comment il s'acquitta de cette mission, ni même s'il la remplit réellement.
Fournier fut un de ceux qui, en août 1793, dénoncèrent la comédie de Paméla comme étant une apologie séditieuse de la noblesse[12].
[Note 12: Paméla ou la vertu récompensée, comédie en cinq actes et en vers, par François de Neufchâteau, fut représentée pour la première fois au Théâtre de la Nation, le 1er août 1793. On trouvera dans l'Histoire du Théâtre-Français, par Etienne et Martainville (tome III, pages 99 à 105), l'histoire des incidents qui troublèrent les représentations de cette pièce et amenèrent l'arrestation de l'auteur et des comédiens. Voir aussi E. Biré, Paris pendant la Terreur, p. 287.]
A la même époque, il pétitionnait à la Convention pour réclamer la formation d'une armée révolutionnaire: il se voyait déjà général de cette armée.
En octobre suivant, il fut un instant emprisonné à Versailles à cause d'un duel[13].