Mais qu’admirez-vous tant en lui, vous autres hommes,
Seroit-ce ce grand corps qui fait peur aux enfans ?
Nous ne nous prisons pas, tous petits que nous sommes,
Un grain moins que les Elephans.
[31] Fables de la Fontaine, Edit. de Paris 1729. Tome 2. Fable 16. page 64.
Une Grenoüille avoit crevé autrefois à force de s’enfler, pour se faire aussi grosse qu’un Bœuf ; notre Rat n’étoit pas moins vain assurément ; mais son orgüeil trouvoit mieux son compte à cherir sa petitesse, & à mépriser la grandeur de l’Elephant. Qu’on seroit malheureux sans les ressources de l’amour propre ! Un Nain tâche de se persuader qu’il vaut bien un Geant, un Epictete dans l’esclavage prêche la patience & la constance : Un Philosophe dans la misere déclame contre les richesses : Un vieillard, contre les plaisirs de la jeunesse : Une laide, contre la fragilité de la beauté : Une vieille coquette arbore enfin l’enseigne de la devotion ; & tous ces honnêtes gens, le plus souvent, se font honneur de vertus necessaires qu’ils affectent, ou qu’ils n’ont que par l’avantage qu’ils trouvent à les avoir. Notre petit Maître paya cherement sa raillerie.
[32]Il en auroit dit davantage,
Mais le Chat sortant de la cage
Lui fit voir, en moins d’un instant,
Qu’un Rat n’est pas un Elephant.