VI. LETTRE.

Bella, horrida bella !

Virg.

MONSIEUR,

L’endroit le plus brillant de l’histoire militaire des Rats, est la guerre qu’ils eurent autrefois avec les Grenouilles, guerre interessante & trop peu connuë hors des Colléges. Si l’on vante les Chats pour avoir fait le sujet de deux [86]dissertations Académiques, quel comble de gloire pour les Rats d’avoir été chantés sur la Lyre, sur la Trompette de l’inimitable, de l’incomparable Homere, sur cette même Trompette qui a célébré la colere implacable [87]d’Achille, la fortune de Priam, & les longs [88]voyages du sage [89]Epoux de Pénélope !

[86] M. de Fontenelle a cherché en Physicien pourquoi les Chats tombent ordinairement sur leurs piéds, & M. Lemery a examiné leurs yeux & leur poil, qu’il appelle des phosphores naturels : sur quoi on a dit que les Chats étoient fort utiles dans les Académies, & cela peut être.

[87] Achille dans le fond n’étoit qu’un enfant gâté, un garçon mutin & volontaire, qui pour une petite grisette, nommée Briseïs, se sépare brutalement de l’armée des Confédérés.

[88] Depuis Itaque jusqu’à Tenedos, & de Tenedos aux côtes de Sicile & d’Afrique, toujours sur la Méditerranée.

[89] Le sage, le vertueux Ulysse toujours guidé dans ses desseins & voyages par Minerve, ne laissoit pas, malgré sa tendresse pour Penelope, d’en conter en passant à Circé, à Calipso, & tant d’autres.

Aussi heureux qu’Achille, & dignes comme lui de l’envie d’Alexandre [90]les Rats ont été les Héros d’Homere, quelle fortune pour eux ; surtout auprès des judicieux adorateurs de l’antiquité qui croyent le Poëte Grec sans défaut & ses héros parfaits ! [91]Aux yeux de Madame Dacier, les Rats ne dévoient point être de simples Rats, mais des Héros poëtiques. Qu’il me seroit facile de relever leur gloire par celle d’Homere, & de faire valoir en leur faveur la Batrakomiomachie ! Mais je me suis interdit l’éloge, & la sévérité de l’histoire me le défend.