—Eh! parbleu, c'est que Benjamin est libre; voilà toute l'énigme. Ceci, ajouta-t-il en tirant un papier de sa poche et le remettant à Boutron, c'est la quittance de Bonteint.
—Bravo, monsieur Minxit! Et tout le monde se levant le verre à la main, but à la santé de M. Minxit. Machecourt essaya de se lever; mais il retomba sur sa chaise: la joie lui avait fait perdre l'usage de ses sens. Benjamin jeta par hasard sur lui un coup d'œil:
—Ah ça! Machecourt, s'exclama-t-il, est-ce que tu es fou? Bois à la santé de Minxit, ou je te saigne à l'instant même.
Machecourt se leva machinalement, vida son verre d'un seul trait et se mit à pleurer.
—Mon bon monsieur Minxit, poursuivit Benjamin, que j…
—Bon, dit celui-ci, je vois ce que c'est: tu te disposes à me remercier; eh bien! je t'en dispense, mon pauvre garçon; c'est pour mes beaux yeux et non pour les tiens que je te tire d'ici; tu sais bien que je ne peux me passer de toi. Allez, messieurs, dans toutes les actions qui vous paraissent les plus généreuses, il n'y a que de l'égoïsme. Si cette maxime n'est pas consolante, ce n'est pas ma faute; mais elle est vraie.
—Monsieur Boutron, fit Benjamin, la quittance de Bonteint est-elle en règle?
—Je n'y vois de défectueux qu'un gros pâté que l'honnête marchand de drap y a ajouté sans doute pour paraphe.
—En ce cas, messieurs, dit Benjamin, permettez que j'aille annoncer moi-même cette bonne nouvelle à ma chère sœur.
—Je te suis, dit Machecourt, je veux être témoin de sa joie; jamais je n'ai été si heureux depuis le jour que Gaspard est venu au monde.