À quoi mon oncle répondait:
Tic-tac indiscret,
Je vais où il me plaît;
Si c'est au trépas,
Ça n'te r'garde pas.
Le temps, du reste, était sombre et malade: de gros nuages blancs, poussés par la bise, se traînaient pesamment dans les cieux comme un cygne blessé; la neige, dépolie par un jour grisâtre, était terne et blafarde, et l'horizon était fermé de toutes parts par une ceinture de brouillards qui se traînaient le long des montagnes. Il semblait à mon oncle qu'il ne reverrait plus, éclairé par le joyeux soleil du printemps et paré de ses festons de verdure, ce paysage sur lequel l'hiver étendait maintenant un voile si épais de tristesse.
M. Minxit était absent lorsque mon oncle arriva à Corvol. Il entra dans le salon. M. de Pont-Cassé était installé, à côté d'Arabelle, sur un sopha. Benjamin, sans faire attention à la moue de sa fiancée et aux airs provocateurs du mousquetaire, se jeta dans un fauteuil, se croisa les jambes et posa son chapeau sur une chaise, comme un homme qui n'est pas pressé de partir. Lorsqu'on eut parlé quelque temps de la santé de M. Minxit, des probabilités du dégel et de la grippe, Arabelle garda le silence, et mon oncle n'en sut plus tirer que quelques monosyllabes aigres et criards comme les notes qu'un apprenti musicien arrache à grand peine, et d'intervalle en intervalle, de sa clarinette. M. de Pont-Cassé se promenait dans le salon, frisant ses moustaches et faisant résonner ses grands éperons sur le parquet; il semblait étudier en lui-même de quelle façon il s'y prendrait pour chercher querelle à mon oncle. Benjamin avait deviné ses intentions; mais il eut l'air de ne pas faire attention à lui et s'empara d'un livre qui traînait sur un canapé: d'abord, il se contenta de le feuilleter, observant M. de Pont-Cassé du coin de l'œil; mais comme c'était un ouvrage de médecine, il se laissa bientôt absorber par l'intérêt de sa lecture et oublia le mousquetaire. Celui-ci était décidé à en finir; il s'arrêta devant mon oncle, et le regardant de bas en haut:
—Savez-vous, monsieur, lui dit-il, que vos visites céans sont bien longues?…
—Il me semble pourtant, répondit mon oncle, que vous étiez ici avant moi.
—Et en même temps bien fréquentes, ajouta le mousquetaire.
—Je vous assure, Monsieur, répliqua mon oncle, qu'elles le seraient beaucoup moins si je croyais devoir toujours vous y rencontrer.
—Si c'est pour Mademoiselle Minxit que vous venez ici, poursuivit le mousquetaire, elle vous prie par ma bouche de la débarrasser de votre longue personne.
—Si Mademoiselle Minxit, qui n'est pas mousquetaire, avait des ordres à me donner, elle le ferait d'une manière plus polie; en tout cas, Monsieur, vous trouverez bon que j'attende, pour me retirer, qu'elle se soit expliquée elle-même, et que j'aie eu à ce sujet un entretien avec M. Minxit. Et mon oncle continua son chapitre.