—«Il fut bon époux,» dit mon oncle.
—Ma foi, je n'en sais trop rien, dit M. Minxit; j'ai épousé ma femme sans l'aimer, et je ne l'ai jamais beaucoup aimée; mais elle a fait avec moi toutes ses volontés: quand elle voulait une robe, elle s'en achetait une; quand un domestique lui déplaisait, elle le renvoyait. Si à ce compte on est bon époux, tant mieux; mais je saurai bientôt ce que Dieu en pense.
—«Il a été bon citoyen, fit mon oncle: vous avez été témoins du zèle avec lequel il a travaillé à répandre parmi le peuple des idées de réforme et de liberté.»
—Tu peux dire cela maintenant sans me compromettre.
—«Je ne vous dirai pas qu'il fut bon ami…»
—Mais alors, que diras-tu donc? fit M. Minxit.
—Un peu de patience, dit Benjamin. «Il a su, par son intelligence, s'attacher les faveurs de la fortune.»
—Pas précisément par mon intelligence, dit M. Minxit, quoique la mienne valût bien celle d'un autre; j'ai profité de la crédulité des hommes: il faut avoir de l'audace plutôt que de l'intelligence pour cela.
—«Et ses richesses ont toujours été au service des malheureux.»
M. Minxit fit un signe d'assentiment.