Elle offrit à souper au sergent. Celui-ci ayant refusé, et pour cause, elle le fit conduire par un de ses enfants au cabaret voisin, avec recommandation de lui donner à déjeuner le lendemain avant qu'il se remît en route.
Mon grand-père pliait toujours comme un jonc, le brave homme, l'homme paisible qu'il était, quand s'élevait une bourrasque conjugale. Ce qui peut, jusqu'à un certain point, excuser en lui cette faiblesse, c'est qu'il avait toujours tort.
Il avait bien vu l'orage s'amasser sur le front plissé de sa femme; aussi le sergent était encore sur le seuil de la porte, que déjà il avait gagné son lit où il s'introduisit de son mieux. Pour Benjamin, il était incapable d'une telle lâcheté. Un sermon en cinq points, comme une partie d'écarté, ne l'eût pas fait coucher une minute avant son heure. Il voulait bien que sa sœur le grondât, mais il ne consentait pas à la craindre. Il attendait la tempête qui allait éclater avec l'indifférence d'un écueil, les deux mains dans ses poches, le dos appuyé contre le manteau de la cheminée, et chantonnant entre ses lèvres:
Malbrough s'en va-t'en guerre
Mironton, mironton, mirontaine!
Malbrough s'en va-t'en guerre,
Savoir s'il reviendra.
Ma grand'mère eut à peine éconduit le sergent, qu'impatiente d'en venir aux mains, elle vint se placer en face de Benjamin:
—Eh bien! Benjamin, es-tu content de ta journée? te trouves-tu bien comme cela? faut-il que je t'aille tirer une bouteille de vin blanc?
—Merci, chère sœur. Comme vous le dites très-élégamment, ma journée est finie.
—Belle journée, en effet; il en faudrait beaucoup comme celle-là pour payer tes dettes. Te reste t-il au moins assez de raison pour me dire comment vous a reçus M. Minxit?
—Mironton, mironton, mirontaine, chère sœur, fit Benjamin.
—Ah! mironton, mironton, mirontaine, s'écria ma grand'mère, attends! je vais t'en donner, moi, du mironton, mirontaine; et elle s'empara des pincettes. Mon oncle recula de trois pas et tira son épée.